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La Ligue des Helas

by Christian-Eric Falardeau

272 pages; quality trade paperback (softcover); catalogue #03-0706; ISBN 1-4120-0337-7; US$23.50, C$27.95, EUR19.50, £13.50

La Ligue des Hélas est une divertissante série humoristique construite à partir d'épisodes allant de 80 à 140 pages chacun entre lesquels s'insèrent de courtes « intermissions ». Des personnages attachants vivent des aventures servant de bases à une parodie de science-fiction.


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à propos du livre      à propos de l'auteur      extrait      information de catalogue

À propos du livre

La Ligue des Hélas est une divertissante série humoristique construite à partir d'épisodes allant de 80 à 140 pages chacun entre lesquels s'insèrent de courtes « intermissions ». Des personnages attachants vivent des aventures servant de bases à une parodie de science-fiction.


À propos de l'auteur

Christian-Eric Falardeau est né sur une petite ferme près du village de Beaudry (maintenant fusionné avec Rouyn-Noranda) en Abitibi-Téminscamingue. Il a été élevé parmi les vaches et certaines de celles-ci lui ont peut-être inspirés plusieurs de ses personnages. Il a également deux frères et trois soeurs.

En 1990, il a obtenu un diplôme en informatique de l'Université de Sherbrooke et s'est élancé dans une carrière de programmeur analyste et, plus tard, est devenu un gestionnaire de projets. Il a quitté ce milieu en mars 2002.

Il écrivit son premier roman en 1993 (Saint-Jolivet de Pendleton), qui fut rapidement suivi d'un second (Paul III de Montréal), avant de devoir ralentir le pas afin d'adhérer aux demandes d'une carrière exigeante. Ècrivant par ci, par là, au cours des années suivantes, il revint plus sérieusement à la littérature en 2001 avec la fin de son troisième roman (Caroline) et de diverses nouvelles.

Maintenant romancier à temps plein, plusieurs romans et nouvelles verront le jour dans les mois et les années qui viennent.

See also:
The Alas League (English)
Caroline (English)
Caroline (French)
Le faux écrivain (French)
Paul III de Montréal (French)
Paul III of Montréal (English)
Saint-Jolivet de Pendleton (French)
Saint-Jolivet of Pendleton (English)
La simplicité de la vie (French)
The Simplicity of Life (English)
The Universe and Other Stories (English)


Extrait

    

    Pierre Boissé ouvrit la radio afin d'entendre les dernières nouvelles. Il aurait préféré suivre l'évolution du conflit à la télévision, mais le câble était en dérangement et la réception des postes ordinaires avait toujours été très faible dans leur petit village. À seize ans, Pierre avait pris goût à suivre les événements internationaux et commencé à étudier les différents courants politiques agitant la planète. Il était rapidement tombé sur une énigme fondamentale lorsqu'il avait essayé de marier ses nouvelles affinités avec ses cours de géographie. Certaines régions du globe, lorsqu'il additionnait les superficies de chaque pays, étaient plusieurs fois plus grandes qu'en réalité. Puis il avait découvert les concepts de pays reconnu et non reconnu, de territoires occupés et de terres en disputes depuis des siècles. Certains pays étaient comptés deux ou trois fois dans les statistiques ! Ensuite, il avait dû faire face à un nouveau problème. À quelques reprises, il s'était alarmé du fait que des conflits dans les rues de certaines villes‹dont l'histoire s'entrecoupait avec celles des premiers grands empires‹se propageaient rapidement à d'autres... avant de s'apercevoir que les différentes agences de nouvelles n'utilisaient pas toujours les mêmes noms pour la même ville, selon quel siècle ils choisissaient comme point de référence et leurs inclinaisons politiques.
    Écouter les informations faisait maintenant partie des rares activités réussissant à le détacher de son ordinateur ou de ses jeux vidéos‹à la grande satisfaction de sa mère Monique, très active en politique. Ce jour-là, il opta pour le poste de nouvelles internationales. Son préféré depuis un an. Il installa sa radio portative tout près de son lit et s'étendit, triste et anxieux. Trente heures plus tôt, une explosion inexpliquée en Chine‹vraisemblablement une centrale atomique antique‹avait provoqué la formation d'un nuage radioactif très intense. Ce dernier avait rendu les mécanismes de défenses automatiques confus, et un silo avait lancé une première salve, dont l'un des missiles atteignit Israël.
    Ceux-ci, croyant à une soudaine attaque terroriste, utilisèrent leur arsenal et bientôt toute communication avec le moyen orient devint impossible. Bien que les grandes puissances se rendirent rapidement compte que ces catastrophes n'étaient pas intentionnelles, les systèmes automatiques continuèrent à suivre leurs instructions et ce fut bientôt la course au désarmement. Les logiciels ayant été conçus pour résister aux tentatives de subordinations par l'ennemi, ce n'était pas une tâche triviale. On réussit à faire exploser plusieurs ogives en vol, mais ils ne firent qu'empirer le problème en augmentant la radioactivité ambiante et excitant les capteurs électroniques. La panique était telle dans tous les états-majors que la confusion grandit d'heure en heure et tous les efforts devinrent rapidement complètement inutiles tant les ordres se contredisaient ou étaient tout simplement ignorés.
    Au début, les échos de la progression des événements arrivaient rapidement et de façon cohérente. Maintenant il était impossible de savoir si les grands pays étaient sur le point de reprendre le contrôle de leurs propres arsenaux ou non. Si une solution n'était pas trouvée très bientôt, Pierre ne se rendrait jamais jusqu'à dix-sept ans.
    La radio enfin en marche, Paul Mortadelle‹son journaliste préféré‹se fit entendre :
    * [...] que la ville de Tokyo a été évacuée. En effet, cette grande métropole internationale est sur le chemin d'Elgar, le cinquième grand nuage radioactif repéré plus tôt ce matin. Pour ceux ayant manqué les reportages précédents, Elgar fut créé par la détonation en vol d'un missile Chinois lancé par leur propre système de riposte automatique. Il a rapidement été nommé Elgar, à la suite d'Allen, Bardot, Cendrillon et Descartes. Avec cette évacuation, le bloc de l'ouest a maintenant repris les devant et mène neuf à huit. Cependant, plusieurs experts anticipent que la riposte Ukrainienne pourrait coûté facilement deux nouvelles villes‹incluant probablement Vienne ou Rome‹mais il est encore trop tôt pour se prononcer. Sur le continent américain, on déplore toujours les pertes de New York et d'Atlanta. Le Président, parlant à partir d'Air Force One, s'est dit pour le moment satisfait de la tournure des événements. Le Pentagone avait toujours considéré ces villes comme perdues d'avance dans l'éventualité d'un conflit nucléaire. Bien que plus de quinze millions aient déjà perdu la vie, New York ne compte que pour une seule ville dans le résultat final. Néanmoins... Attendez une seconde... Oui... Oui... Ah, oui ? Mesdames et messieurs, un développement de dernière minute. Trois coups directs ont fini par causer la tant attendue séparation de la Californie qui vient de s'engloutir dans le Pacifique. Avec ce succès, le bloc de l'est a pris la tête pour la première fois avec un pointage de... attendez que je fasse rapidement le calcul... douze à neuf ! C'est de loin la meilleure pièce de jeu depuis hier matin... [...]
    Pierre regardait la radio, éberlué. Ils sont tous devenus fous, se dit-il. Comme si c'était un jeu ! La Terre est en train de sauter et ils en font un sport ! Il avait déjà changé de poste et était tombé sur une publicité. Une publicité pour avoir des dents plus blanches ! Mais bientôt l'émission en cours revint en onde. C'était l'une de ses préférés pour les débats politiques. Ce jour-là, l'homme politique invité était nul autre que Gontran Famineau, le chef de l'opposition officielle.
    * [...] Pendant la publicité, j'ai reçu la dépêche suivante : trois bombes sont tombées sur la Californie. Mais que fait le gouvernement ? Qu'attendent-ils pour passer une loi interdisant l'explosion d'ogives nucléaires ? Ils n'ont absolument rien fait pour notre sécurité nationale. Deux ans après avoir été élus, ils n'ont toujours pas pris leurs responsabilités. L'économie se remet mal de la dernière récession et maintenant des bombes nous tombent sur la tête ! Le marché boursier ne prendra certainement pas cette nouvelle à la légère. J'espère que le public n'est plus dupe de leurs beaux discours et qu'il verra clairement leur incompétence. [...]
    Pierre se contenta de hausser les épaules et de secouer la tête, un peu découragé. La chaîne suivante était une ligne ouverte. Pierre s'apprêtait à poursuivre sa recherche lorsqu'il entendit la question du jour : « que pensez-vous du présent conflit nucléaire ? » Jean-Luc Pestin poursuivait son émission :
    * [...] Nous sommes prêts pour le prochain appel. Bonjour, Madame A. Côté, bienvenue à « La parole est à vous ». Que pensez-vous du présent conflit nucléaire ?
    * Premièrement, j'aimerais vous féliciter pour votre beau programme. Je l'écoute tous les jours et je vous souhaite de continuer encore longtemps.
    * Merci beaucoup, Madame Côté. Maintenant, à propos de la question du jour ?
    * Eh bien, mon cher Jean-Luc. Vous savez, moi, je n'y ai jamais vraiment crû aux bombes atomiques.
    * En tant qu'arme dissuasive ?
    * Je ne sais pas pourquoi on les appelle « suasives » mais, moi, je n'y ai jamais crû. Voyons ! Comme si ça pouvait exister. Ce n'est qu'une excuse pour monter les taxes et les impôts. Ç'en est effrayant. Moi, avec mon chèque, c'est tout juste si j'arrive. Imaginez s'ils montent les impôts ! Il ne me restera plus rien, c'est certain.
    * Comment expliquez-vous alors les nouvelles des dernières vingt-quatre heures ?
    * C'est arrangé avec le gouvernement. Si vous preniez la peine d'appeler en Californie, ils vous diraient qu'eux ont reçu la nouvelle que Winnipeg a été bombardé. Voyons ! Il ne faut pas être trop naïfs.
    * Et pourquoi feraient-ils cela ?
    * Il doit y avait encore eu un scandale sexuel avec une jeune fille de mauvaise moralité‹mais c'est les parents qui sont vraiment à blâmer. Ça élève les enfants n'importe comment de nos jours et ensuite ça blâme la société. Et puis la première chose qu'on sait, c'est qu'elles se ramassent avec un cigare là où il ne faut pas, et puis ensuite le gouvernement invente des guerres et des affaires de même pour qu'on l'oublie le plus vite possible.
    * Merci beaucoup de votre intervention, Madame Côté. [...]
    * Seigneur ! s'exclama Pierre avant de changer à nouveau de poste.
    * [...] à l'écoute, j'aimerais lui dire que je m'en viens le plus tôt possible. [...]
    Ah ! Non ! se dit Pierre, ayant reconnu la voix de Marcel Giguère, l'un des humoristes‹plus un clown selon lui‹les plus populaires. Ne me dites pas qu'il y en qui pensent encore à faire des plaisanteries stupides à une heure aussi grave.
    Il ne put aller plus loin dans ses pensées que le sol trembla. Le premier choc avait été très fort, suivi d'une série de vibrations. Ce n'était certainement pas une simple secousse sismique. Pendant ce temps, la radio continuait :
    * [...] Mon Dieu ! Mais qu'est-ce que c'était ? Allez Charles, laisse-nous partir. Personne n'a le goût de rire. Je veux revoir ma femme et mes enfants une dernière fois au moins. Mais non, je ne suis pas pessimiste. Écoute les nouvelles ! C'est la fin du monde. Ce n'était certainement pas un tuyau de plomberie qui vient de sauter !
    * Marcel, j'aimerais prendre la parole...
    * Oui, vas-y François. Moi je m'en vais de toute façon.
    * Attends-moi, je te suis. Carole, si tu écoutes, je m'en viens. Je n'ai aucune idée de ce qui est le mieux à faire, mais j'arrive. À vous tous qui écoutez... Je ne sais même pas quoi dire. J'espère de tout cœur pouvoir être avec vous encore demain. Sinon, eh bien, merde à tous ! Comme dans le film « Le jour après », je ne sais pas ce qui sera le mieux : mourir aujourd'hui ou survivre. [...]
    Le sol trembla de nouveau et la radio se mit à n'émettre que de la statique. La mort dans l'âme, Pierre ferma le récepteur. Il se mit en quête de sa mère. Il n'avait maintenant plus qu'elle, son père étant mort trois ans plus tôt. Elle était peut-être encore à l'Hôtel de Ville à diriger ses conseillers municipaux pour la crise s'en venant à grands pas. Il décrocha le téléphone pour appeler là-bas et s'en assurer, mais la ligne était morte. Au dehors, il entendit un bruit de moteurs comme si tous les véhicules de Verminus s'étaient donné le mot et avaient décidé de faire une course. Il jeta un coup d'œil et vit une longue file de voitures avançant à grande vitesse tel un troupeau de proies fuyant l'approche d'une meute de prédateurs. Un aboiement court et sec attira son attention. Fido, son chien, s'élançait à la suite des voitures comme s'il voulait ramener les vaches d'acier en fuite.
    * Fido. Fido ! Reviens ici immédiatement.
    L'animal se tourna vers lui un instant puis fit un complexe mouvement de la tête, comme s'il lui disait : « j'arrive aussitôt que j'ai fini avec ça ». À voir la direction qu'ils avaient tous prise, Pierre comprit qu'ils essayaient de se réfugier dans les montagnes. Complètement inutile, se dit-il, bien qu'il lui restât une vague inquiétude qu'ils savaient peut-être quelque chose que lui ignorait. Il resta sur le seuil de la porte pendant un long moment. Il regardait vers l'horizon où il suivait la progression d'une grande nuée d'une couleur étrange; un mélange inédit de blanc et de gris devenant jaunâtre par moments. Il n'en avait jamais vu un de semblable. Plein d'appréhension, il se demandait, à juste titre, s'il ne s'agissait pas là d'un nuage radioactif.
    Il n'y avait plus personne dans les rues. Le long cortège de véhicules avait disparu depuis plus d'une quinzaine de minutes et avait certainement déjà franchi les limites du village. Il entendit soudain une nouvelle voiture s'amenant à très grande vitesse. Il reconnut immédiatement la sedan de sa mère, dont la couleur oscillait, selon l'angle du soleil, entre le mauve et le noir, comme si la peinture avait été extraite à partir de caméléons suffoquant. L'Acura se stationna un peu n'importe comment et la mairesse en sortit en trombe et se dirigea immédiatement à l'arrière. En ouvrant le coffre, elle se tourna vers son fils et lui lança :
    * Pierre ! Dépêche-toi. Va prendre un minimum de vêtements. Nous partons pour les cavernes. J'arrive dans deux minutes pour t'aider avec la nourriture. Allez ! Ne reste pas planté là.
    Obéissant plus par réflexe que par réflexion, Pierre grimpa l'escalier et se dirigea immédiatement vers sa chambre. Alors qu'il s'activait à remplir son sac de voyage avec tout ce qui lui tombait sous la main, une nouvelle secousse‹cette fois beaucoup plus violente que les précédentes‹le fit s'écrouler sur son lit. Au dehors, on pouvait entendre les systèmes d'alarmes de toutes les automobiles restantes se mettre à hurler comme autant de trompettes apocalyptiques.
    Il gisait là depuis quelques secondes lorsqu'il eut soudainement la sensation d'être dans un ascenseur se mettant à monter à une vitesse vertigineuse. Il était écrasé sur son matelas et il entendit les pieds de son lit céder sous la pression. Il eut la sotte impression que tout le village avait été séparé du sol et projeté dans l'atmosphère. Tout devint noir et il mourut... à tout le moins, il perdit conscience.


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