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Saint-Jolivet de Pendleton
by Christian-Eric Falardeau
192 pages; quality trade paperback (softcover); catalogue #02-0099; ISBN 1-55369-286-1; US$19.00, C$23.95, EUR15.60, £10.80
Le professeur Jolivet est investi d'une mission sacrée, faire disparaître tous les imbéciles de la planète, en inventant un appareil aux côtés pratiques renversants. Avec son bras droit, Pendleton, il assemble une douzaine de disciples et s'attaque à la réalisation de la volonté divine. Mais la réalité est-elle telle qu'ils le croient?
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À propos du livre
Le professeur Jolivet est investi d'une mission sacrée, faire disparaître tous les imbéciles de la planète, en inventant un appareil aux côtés pratiques renversants. Alors que le vieillard essaie son nouveau jouet, rien ne se produit, sauf peut-être amener Pendleton à se poser de profondes questions, telles que: pourquoi l'Église Catholique n'a pas de nouveau pape depuis quinze ans et, encore plus important, pourquoi n'a-t-il que six dollars dans son portefeuille alors qu'il devrait en avoir huit? Les réponses à ses interrogations le pousseront à joindre le professeur dans sa quête et devenir son bras droit.
Ensemble ils assemblent une douzaine de disciples et s'élancent afin de réaliser la volonté divine. Rapidement ils rencontrent des embûches du scandale politique jusqu'aux surnaturellement rapides réponses de fonctionnaires. Quelque chose d'étrange se passe et Jolivet se met à craindre qu'ils ne soient pas seuls. Suivant les conseils de sa cafetière, il envoie une de ses brebis cueillir plus de renseignements, mais l'émissaire rencontre un homme sur son chemin qui remet en question quelques-unes de ses croyances les plus fondamentales. Mais que se passe-t-il réellement?
Entre-temps, l'amour fleurit entre Pendleton et Rose-Anne, le coeur du mouvement. Un amour si pur et si puissant qu'il imprègne tout et tous mais, étrangement, ne semble pas être en total accord avec leur mission. Une fois que le climat s'en mêle, les choses finissent par se résoudre d'elles-mêmes, bien que pas exactement tel que prévu, rendant la plupart des problèmes insignifiants, y compris le génocide nucléaire, laissant tous avec une seule question: pourquoi ces noms?
À propos de l'auteur
Christian-Eric Falardeau est né sur une petite ferme près du village de Beaudry (maintenant fusionné avec Rouyn-Noranda) en Abitibi-Téminscamingue. Il a été élevé parmi les vaches et certaines de celles-ci lui ont peut-être inspirés plusieurs de ses personnages. Il a également deux frères et trois soeurs.
En 1990, il a obtenu un diplôme en informatique de l'Université de Sherbrooke et s'est élancé dans une carrière de programmeur analyste et, plus tard, est devenu un gestionnaire de projets. Il a quitté ce milieu en mars 2002.
Il écrivit son premier roman en 1993 (Saint-Jolivet de Pendleton), qui fut rapidement suivi d'un second (Paul III de Montréal), avant de devoir ralentir le pas afin d'adhérer aux demandes d'une carrière exigeante. Écrivant par ci, par là, au cours des années suivantes, il revint plus sérieusement à la littérature en 2001 avec la fin de son troisième roman (Caroline) et de diverses nouvelles.
Maintenant romancier à temps plein, plusieurs romans et nouvelles verront le jour dans les mois et les années qui viennent.
See also:
The Alas League (English)
Caroline (English)
Caroline (French)
Le faux écrivain (French)
La Ligue des Helas (French)
Paul III de Montréal (French)
Paul III of Montréal (English)
Saint-Jolivet of Pendleton (English)
La simplicité de la vie (French)
The Simplicity of Life (English)
The Universe and Other Stories (English)
Extrait
Le professeur Jolivet regardait le drôle d'appareil qui avait chu à moins d'un mètre de lui. Il était ahuri. Comment avait-il pu laisser tomber sa précieuse invention? Et, surtout, comment s'y était-il pris? Il aurait pu jurer ne pas avoir eu l'outil dans ses mains depuis au moins cinq bonnes minutes. Une chute de cinq minutes! <<Newton serait-il surfait?>> s'interrogeait le vieillard. Néanmoins, il reprit la petite boîte en se demandant si elle fonctionnait toujours.
L'engin était à peine éraflé et ne semblait pas atteint dans aucun de ses organes vitaux. Il ignorait si l'appareil opérait encore, d'autant plus qu'il n'était pas convaincu qu'il le faisait auparavant. Il décida que oui et oublia rapidement l'incident, car c'était loin d'être la première chose étrange lui arrivant depuis qu'il avait fabriqué cet outil.
Pendleton, préoccupé, marchait en s'efforçant de ne rien laisser paraître. Il récapitulait mentalement les faits survenus depuis le matin. Il avait quitté la maison très tôt, comme à son habitude, afin de prendre sa promenade quotidienne. Il y avait bien là quelque chose d'étrange, mais il aurait été tout à fait incapable d'avancer une quelconque hypothèse, encore moins de préciser les faits sur lesquels il se basait. Mais ce petit accès d'angoisse était bien peu de choses face au désarroi qu'il vivait dans le moment. Ce qui l'inquiétait vraiment était ses dix dollars.
Il était convaincu d'avoir quitté la maison avec un billet de dix. Il avait pris un café et un croissant dans un petit restaurant près de chez lui, ce qui lui coûtait toujours exactement deux dollars. Il n'avait pas fait d'autres haltes, de cela aussi il était certain. Alors pourquoi était-il persuadé qu'il ne lui restait plus que six dollars? Il aurait dû lui en rester huit, non? <<Aristote serait-il surfait?>> s'interrogeait Pendleton. Où étaient passés les deux dollars manquants? Se pouvait-il que son incroyable force cérébrale se fût égarée?
Il devait regarder dans son portefeuille. C'était absurde et humiliant pour lui, mais c'était la seule porte de sortie. Parvenu au croisement de deux artères, il aperçut un autobus qui venait de s'immobiliser près de lui et d'où descendaient plusieurs passagers. Il profita de l'occasion, mimant un homme affairé à chercher son billet. En ouvrant son portefeuille, il fut consterné d'y trouver seulement six dollars. Cela le rassura néanmoins quelque peu. S'il ne se souvenait pas de ce qu'il avait fait de l'argent manquant, au moins il se souvenait de ne plus l'avoir. C'était déjà cela de gagné.
Comprenant que le mystère ne pouvait être résolu par la seule force de sa pensée, Pendleton décida d'attendre que le souvenir refasse surface de lui-même. Il décida également de poursuivre sa route et ses pensées revinrent sur ses préoccupations précédentes. Il s'interrogeait sur les raisons ayant mené à ce que l'on ne réunisse pas de conclave pour élire un successeur à Jean-Paul Ier, décédé quinze ans plus tôt. Cet étrange comportement des instances pontificales ne cessait de le surprendre.
Il poursuivait ainsi ses réflexions lorsqu'il s'apprêta à traverser le boulevard. Les feux de circulations ne fonctionnaient pas. Les véhicules, faisant preuve d'un civisme hors du commun, attendaient patiemment leur tour, comme si leurs mouvements étaient réglés par le bâton autoritaire des forces constabulaires. Pendleton s'en étonna et apprécia, en homme discipliné, la parfaite harmonie qui régnait à l'intersection. Par contre, il goûtait moins cet autobus rendu immobile par l'absence inconsidérée de son conducteur, probablement parti se chercher un huitième café en quatre arrêts.
C'est à ce moment qu'il aperçut un petit bonhomme aux cheveux blancs, ramassant une drôle de petite boîte et la regardant d'un air étrange, presque inquiet. Il la retourna dans tous les sens, en vérifia la moindre arête et en sembla quelque peu soulagé. Pendleton dit à voix basse: <<regarde cet homme, on dirait un de ces scientifiques fous que l'on voit au cinéma>>. Il comprit soudain qu'il parlait tout seul. Il réalisa avec horreur l'avoir fait à plusieurs reprises depuis le matin. Il faillit mourir d'embolie en se souvenant l'avoir toujours fait. Le plus épouvantable étant qu'il s'en rendait compte pour la première fois. Non, ce n'était pas vrai. Il l'avait toujours su. Il avait simplement évité d'y penser.
Devant la perspective de cette honte incommensurable, son cerveau bloqua certains centres nerveux et le força à s'intéresser au manège auquel se livrait le vieillard qui, ayant tout entendu, le regardait à la dérobée. Pendleton ne put s'empêcher d'éprouver une sympathie spontanée pour cet aîné dont la vie semblait intimement liée à son étrange petite boîte de métal.
Le savant se dirigea d'un pas ferme vers l'autobus. Il s'arrêta brusquement à quatre mètres de là. Il se vexa visiblement et pointa son cube dans l'air. On entendit un cliquetis faible, mais distinct. Il resta dans cette position quelques instants, stupéfait. Il fit deux pas vers l'avant puis s'arrêta de nouveau lorsque le tonnerre des klaxons se fit entendre. Pendleton se retourna et constata que la rassurante sagesse des conducteurs s'était mystérieusement envolée. Les voitures avançaient maintenant pèles-mêles, comme sous l'impulsion d'une folie collective.
Pendleton et Jolivet n'eurent pas le temps d'analyser le phénomène, car on entendit quelques décharges d'air comprimé indiquant que les portes de l'autobus allaient se refermer inexorablement. Les battants commencèrent à se déplier et le professeur Jolivet réalisa qu'il luttait contre la montre. Il s'élança vers le véhicule, mais Pendleton savait qu'il n'y parviendrait pas. S'affranchissant de son inactivité légendaire, il s'élança lui aussi afin de bloquer les portes. Il y parvint sans trop de difficultés.
L'entrée était maintenant dégagée et le professeur arriva enfin. Soudain, Pendleton se mit en colère, et, sans raison, invectiva le siège pourtant vide du conducteur. Le professeur agita de nouveau sa boîte et Pendleton se calma aussitôt.
Ils montèrent à bord et s'assirent en attendant le pilote. Pendleton pestait contre la fâcheuse manie de ceux-ci d'abandonner leur véhicule pour prendre un café. Une petite dame, qui était assise non loin de lui et que Pendleton dérangeait par ses vociférations, intervint.
- Mais, Monsieur, de quel conducteur voulez-vous parler?
- De celui de cet autobus évidemment, de qui croyiez-vous donc que je parlais!
- Mais il n'y a pas de conducteur, monsieur, dit-elle faiblement craignant avoir affaire à un fou.
- Comment, il n'y a pas de chauffeur? Ce n'est pourtant pas le terminus de cette ligne.
- Cela n'a rien à voir, il n'y en a pas et il n'y en a jamais eu.
- Dans ce cas, madame, seriez-vous assez bonne pour m'expliquer qui conduisait ce véhicule lorsqu'il parvint en ces lieux?
- Personne.
- Mais enfin, Madame, l'autobus ne peut se mouvoir sans personne à sa conduite. C'est même la raison pour laquelle il existe un métier que l'on appelle conducteur.
- C'est peut-être un système électronique, intervint un jeune homme. J'ai vu un reportage à la télévision dans lequel on voyait un ordinateur qui apprenait à conduire un poids lourd. C'est peut-être un projet pilote?
- Comment, s'exclama Pendleton, soutiendriez-vous également qu'il n'y a point de conducteur à bord de cet appareil?
- Bien sûr! Vous m'étonnez. Je croyais la chose fort visible.
- Je ne parle pas de son absence présente mais de sa présence lors de l'arrivée du véhicule.
- Il n'y avait pas de conducteur, on se tue à vous le dire, insista le jeune homme dont l'humeur se rebellait devant l'entêtement de Pendleton.
- Je n'en crois rien... commença Pendleton avant d'être interrompu par l'apparition d'un nouvel autobus.
C'était certainement le départ suivant de la même ligne et Pendleton fut fort aise de constater que celui-ci était dûment muni d'un conducteur. Ce dernier descendit et rejoignit nos héros.
- Que faites-vous là? Vous ne voyez pas qu'il n'y a pas de chauffeur. Il ne pourra pas aller bien loin.
- Enfin quelqu'un de sensé! s'écria Pendleton, qui commençait à douter de son propre bon sens. Monsieur le conducteur, je sais que ma question vous paraîtra absurde, voire même idiote, mais il est très important que vous y répondiez très sérieusement.
- Je suis à votre disposition. Nous, les conducteurs, avons souvent à répondre à des questions idiotes. Cela fait partie de notre métier et nous sommes formés pour réagir adéquatement dans les situations les plus étranges.
- Eh bien, voilà. Plusieurs personnes, ici présentes, affirment avec véhémence qu'il n'y a jamais eu de conducteur dans cet autobus. On a même avancé qu'il pouvait s'agir d'un pilote électronique expérimental. Je vous le demande; y avait-il un chauffeur à bord de cet autobus lorsqu'il est arrivé ici?
- Rigoureusement impossible! Je suis le seul conducteur sur cette ligne aujourd'hui et j'avais le départ de 09:24 et non celui de 08:54.
- Vous êtes le seul aujourd'hui?
- C'est ce que j'ai dit.
- Alors comment expliquez-vous que cet autobus soit ici? On l'a volé, peut-être? Et le voleur, afin de déguiser son geste, s'est arrêté à tous les arrêts. Qu'en dites-vous?
- J'en dis que l'appareil en question est parti à 08:54, comme à son habitude, respectant ainsi les grandes traditions de ponctualité de notre société de transports en commun et qu'il n'a pu être volé puisque le hangar est gardé et que rien d'anormal n'a été signalé, répondit le professionnel du volant dont la patience légendaire commençait à faiblir sous les attaques répétées de l'incrédule Pendleton. J'ajouterai même que le fait que l'appareil se fut arrêté aux endroits judicieusement sélectionnés pour le transbordement des passagers n'a rien d'incongru. Cet autobus effectue ce trajet tous les jours depuis bientôt dix ans. Il en a forcément l'habitude.
- De plus en plus dément, je rêve! se plaignit Pendleton. Pincez-moi quelqu'un... Non madame! Ne me pincez pas. Ce n'est qu'une expression. Je sais pertinemment que je suis éveillé. Mes rêves ne contiennent jamais rien d'aussi absurde que cet autobus sans chauffeur. Et que faites-vous des six dollars que j'ai dans mon portefeuille? a, c'est un mystère. Comment <<quels six dollars?>>. Ah! Et puis laissez tomber. Laissez tous tomber. Il s'agit probablement d'une mauvaise plaisanterie et il y a des caméras cachées un peu partout. Moi je m'en vais et vous, oui vous, l'homme avec la boîte de fer, vous venez avec moi. J'ai à vous parler.
- Un instant, je vous prie, intervint le conducteur du deuxième autobus. Tout cela ne m'apparaissait pas étrange encore ce matin, mais maintenant je trouve cet incident fort suspect. Je ne serais pas étonné que les Américains trempent dans le coup.
- Les Américains auraient inventé une bombe leur permettant de faire fonctionner le transport en commun sans employés syndiqués. L'idée est intéressante.
- Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Des autobus sans pilote on en voit tous les jours. Ce qui me chicote c'est qu'habituellement ils rentrent au garage sans se faire prier alors que celui-ci s'est immobilisé à ce carrefour. Je crains fort que le C.I.A. ait fait abattre cet appareil.
Pendleton s'enfuit sans demander son reste, entraînant avec lui le professeur Jolivet qui suivait du mieux que lui permettait son grand âge. Ils arrivèrent bientôt devant un petit café. Ils entrèrent dans l'établissement et s'installèrent dans un coin reculé, à l'abri des yeux et des oreilles indiscrètes.
Ils commandèrent et une fort jolie jeune femme leur apporta leur café. Pendleton reconnut en elle la fille de ses rêves. Il n'avait pas de temps pour creuser le sujet plus en détail, mais il se promettait bien de revenir rencontrer la femme qui le hantait depuis sa tendre enfance. Il y avait aussi une voix intérieure qui lui demandait d'être patient. Alors il obéit et fit comme s'il la voyait pour la première fois. Pendleton et Jolivet prirent quelques gorgées avant de commencer à se taire. Finalement Pendleton rompit le silence.
- Quelle est cette étrange petite boîte que vous brandissez à tous vents?
- Une invention à moi, répondit évasivement le bonhomme.
- Et qu'est-elle supposée faire? Je dis cela sans vouloir vous offenser, mais je crois qu'elle ne fait rien.
- C'est fort possible, je ne sais pas avec certitude si elle fonctionne ou non. J'aimerais vous poser une question, à mon tour, avant de répondre à la vôtre.
- Allez-y.
- Vous me semblez quelqu'un d'équilibré et assez généreusement pourvu par la nature du côté cérébral. Aimez-vous les imbéciles?
- Quelle question! Bien sûr que non. C'est la plaie de notre espèce. S'il n'y en avait pas tant, la vie serait bien meilleure.
- Donc, si je poursuis votre pensée, vous avez probablement déjà rêvé qu'ils étaient tous disparus et que c'était vous qui étiez le juge responsable de distinguer les idiots des gens raisonnables.
- Non sans une certaine gêne, je dois l'admettre. Effectivement, j'y ai déjà songé de temps à autre, mais jamais dans une optique sérieuse et asociale.
- Moi aussi j'ai eu cette pensée, s'élança Jolivet, tellement qu'elle finît par m'obséder...
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