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Le faux écrivain
by Christian-Eric Falardeau
197 pages; quality trade paperback (softcover); catalogue #02-0546; ISBN 1-55369-733-2; US$19.50, C$23.95, EUR15.60, £10.80
Le faux écrivain est une collection de nouvelles écrites sur une période de dix ans, de la toute première pièce (La robe de la bonne) en 1991, jusqu'à sa contrepartie 10e anniversaire (Annonce classées). Variantes en taille et en style, chaque histoire possède son propre petit univers et son angle.
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À propos du livre
Le faux écrivain est une collection de nouvelles écrites sur une période de dix ans, de la toute première pièce (La robe de la bonne) en 1991, jusqu'à sa contrepartie 10e anniversaire (Annonce classées). Variantes en taille et en style, chaque histoire possède son propre petit univers et son angle. Voici un petit aperçu de quelques-unes:
LA ROBE DE LA BONNE montre Sherlock Holmes et le docteur Watson sortant d'une période d'inactivité alors qu'un nouveau client leur apporte un rafraîchissant changement de rythme. Un meurtre a été commis et le principal suspect est rapidement innocenté par Holmes sur la foi de la robe de la bonne. Dr. Watson avance théorie après théorie, mais il se bute constamment sur l'implacable logique du détective. Holmes ne dispose que d'un seul indice, ladite robe, mais cela semble lui suffire.
GEORGES mène une vie parfaitement ordinaire lorsqu'un cauchemar récurrent commence à le hanter. Réussissant à retenir ses pensées loin de creuser plus à fond certains écarts de son cerveau, il se questionne de moins en moins... mais quelques autres deviennent sérieusement nerveux, voire même apeurés.
LE PÈLERIN est une série de douze courtes images illustrant quelques épisodes de la vie d'un pèlerin. Qui est-il, sinon un peu nous tous?
Le recueil contient également:
Annonces classées
Scène de basse-cour
Le portique du Paradis
Faibles de la Fontane
La belle âme et le petit ange
L'arbalète
Selection de poèmes et chansons
À propos de l'auteur
Christian-Eric Falardeau est né sur une petite ferme près du village de Beaudry (maintenant fusionné avec Rouyn-Noranda) en Abitibi-Téminscamingue. Il a été élevé parmi les vaches et certaines de celles-ci lui ont peut-être inspirés plusieurs de ses personnages. Il a également deux frères et trois soeurs.
En 1990, il a obtenu un diplôme en informatique de l'Université de Sherbrooke et s'est élancé dans une carrière de programmeur analyste et, plus tard, est devenu un gestionnaire de projets. Il a quitté ce milieu en mars 2002.
Il écrivit son premier roman en 1993 (Saint-Jolivet de Pendleton), qui fut rapidement suivi d'un second (Paul III de Montréal), avant de devoir ralentir le pas afin d'adhérer aux demandes d'une carrière exigeante. Écrivant par ci, par là, au cours des années suivantes, il revint plus sérieusement à la littérature en 2001 avec la fin de son troisième roman (Caroline) et de diverses nouvelles.
Maintenant romancier à temps plein, plusieurs romans et nouvelles verront le jour dans les mois et les années qui viennent.
See also:
The Alas League (English)
Caroline (English)
Caroline (French)
La Ligue des Helas (French)
Paul III de Montréal (French)
Paul III of Montréal (English)
Saint-Jolivet de Pendleton (French)
Saint-Jolivet of Pendleton (English)
La simplicité de la vie (French)
The Simplicity of Life (English)
The Universe and Other Stories (English)
Extrait
Je reprends, sur les instances de mon ami, la chronique des aventures où il put mettre en valeur les ressources de son prodigieux cerveau. Une fois encore, je dois ouvrir la malle contenant les centaines d'affaires--n'ayant pas encore été publiées pour d'évidentes raisons de marketing--dont eu à s'occuper Sherlock Holmes. Celle dont je veux vous entretenir aujourd'hui, fidèles lecteurs, brille moins par la fortune de ses acteurs que par la qualité du puzzle intellectuel qu'elle présenta à Holmes, et par l'originalité de la solution qu'il y apporta.
À cette époque, Holmes et moi partagions un meublé confortable situé au 221B rue du Boulanger. Suite à une pénurie de crime, nous traversions une période d'oisiveté forcée qui, comme toujours, poussait Holmes dans les abîmes du vice. Cette nouvelle période d'inactivité provoqua la naissance d'une nouvelle dépravation qui, je dois l'admettre, mit mes nerfs particulièrement à l'épreuve. Sherlock Holmes prit la déplorable habitude de ne pas se couper les ongles et de les faire crisser sur une plaque d'acier qu'il avait fait fondre à cet effet par une des ses nombreuses connections londoniennes.
Je ne voudrais surtout pas laisser entendre que la vie avec Holmes ne comportait que de pénibles moments. Loin de moi cette pensée. Il me dédommageait largement lorsque, laissant sa plaque d'acier, il enfourchait son Stradivarius et interprétait, avec brio, l'un ou l'autre des quintettes à cordes de Mozart--partie de violoncelle incluse--ou, encore, improvisait délicieusement sur mes airs favoris.
Dans les premiers jours de juin, le deux pour être exact, confortablement assis dans mon fauteuil favori, je lisais attentivement un article scientifique où l'auteur illustrait l'inutilité des articles scientifiques; démonstration magistrale, je dois dire. Alors que j'approchais de la conclusion, Holmes sortit son abominable plaque et commença à y faire jouer ses doigts.
L'effroyable grincement me paralysa quelques instants, la reliure du bouquin que j'avais entre les mains s'émietta et les feuilles se répandirent dans le salon. Cette fois, c'était trop! J'ai toujours eu pour politique de ne pas interroger Holmes sur ses petites manies--ne pas oublier qu'il est champion de boxe--mais je décidai alors, profitant de la diversion causée par l'éclatement de la théière de porcelaine héritée de ma mère, d'attaquer Holmes de front:
- Holmes, vous exagérez!
- A quoi faites-vous donc allusions, mon cher Watson? répliqua-t-il, d'un air surpris.
- Je fais référence au bruit inhérent au mouvement de vos ongles sur la plaque que vous tenez sur vos genoux.
- Ce bruit vous dérange-t-il?
- Seulement lorsque je l'entends.
- Veuillez me pardonner, cher ami, j'avais quelque peu oublié votre existence, tant je m'ennuie.
Poussé par l'impression de confidence donnée par le ton de Holmes, je commençai à l'interroger sur les raisons de ses agissements incongrus:
- Que vous preniez de la cocaïne, je le conçois, mais je ne peux m'expliquer la raison de cet insupportable bruit.
- Voyez-vous, Watson, je vous ai déjà expliqué, je crois, que mon cerveau, entrané au travail intellectuel, ne supporte pas l'inactivité causée par l'irresponsable honnêteté de nos concitoyens, d'où le besoin de la stimulation artificielle, commença-t-il à m'expliquer.
- Jusque-là, Holmes, je suis d'accord. Vous m'en avez déjà parlé et j'ai même utilisé quelques extraits des conversations que nous avons eues sur le sujet dans les chroniques que j'écris sur vos exploits...
- Ah, oui! Vos historiettes... Franchement Watson, vous auriez pu omettre les épisodes sur la cocaïne! Je me vois, encore une fois, dans l'obligation de ne pas vous en féliciter.
- Cependant, Holmes, vous devez admettre que le public ne s'intéresse pas à un héros sans vices. Je me suis donc vu contraint, afin de préserver votre image, de leur en mentionner quelques-uns. Vous admettrez également que j'ai su choisir les moindres.
- Indubitablement, Watson, indubitablement. Du point de vue du conteur, votre argumentation est cohérente. Néanmoins, je persiste à croire que ces chroniques, comme vous les appelées, devraient s'occuper davantage de mes activités que de ma vie privée. Mais, avant toutes choses, elles devraient éviter la dramatisation de problèmes essentiellement intellectuels.
Piqué dans mon orgueil d'écrivain et d'ami sincère, je me renfrognai quelque peu et ramenai la conversation sur son sujet initial:
- Nous en avons déjà discuté des centaines de fois, je vous concède la cocaïne. Par contre, j'attends toujours l'explication des ongles et de l'acier.
Holmes joignit les mains et les ramena sous son menton. Il réfléchit un moment, les yeux clos, avant de répondre:
- Depuis quelques années déjà que je pratique le métier unique qui est le mien, les déductions logiques, formant la base de mon système, se sont automatisées à un point tel que plusieurs sont devenues des réflexes. Je ne ferai pas injure à vos connaissances médicales en tentant de vous apprendre que les réflexes se logent dans la moelle épinière, donc dans la colonne vertébrale.
- Je suis d'accord, mais je ne vois pas le lien.
- Eh bien, tout comme mon cerveau, ma moelle épinière travaille à plein régime dans une affaire et se retrouve désÏuvrée en période d'oisiveté...
- Et les vibrations causées par les abominables crissements servent à sa stimulation, m'écriai-je, triomphant.
- Exactement, Watson. J'ai essayé plusieurs alternatives avant de me souvenir de l'effet puissant du grincement d'ongles sur un tableau noir. J'ai fait quelques recherches dont les résultats conduirent au développement d'un alliage personnel d'acier amplifiant au maximum les vibrations...
Les confidences de Holmes furent interrompues par un attelage bruyant qui s'arrêta devant notre porte, signe incontestable d'une affaire prometteuse ou d'une malencontreuse coïncidence. Holmes ferma les yeux un instant et, comme s'il pouvait lire une prophétie contenue dans son cerveau, déclara:
- Il s'agit d'un homme d'une quarantaine d'années. Il pèse environ 230 livres et il est marié avec Hélenna Smith--né Russel. Il travaille pour une firme d'importation de café et s'est disputé avec ses patrons, il y a de cela deux jours.
- Holmes, vous vous moquez!
- Ah, oui! J'oubliais... Son nom est John Smith.
- Ça sent la mystification, incrédulai-je.
- Mais non, Watson. Ne me dites pas que vous n'aviez rien déduit de tout cela?
- Vous me désespérez, Holmes. Comment aurais-je pu deviner de pareilles affirmations?
- Pas deviner, déduire. Vous savez à quel point les devinettes me font horreur.
- Oseriez-vous prétendre que c'est par déduction que vous êtes parvenu à ces conclusions farfelues?
- Tout à fait. C'est élémentaire, on ne peut plus élémentaire, même.
- Au moins dites moi ce qui a échappé à mon pauvre cerveau moyen.
- Il est six heures.
- Holmes, vous recommencez! Je vous croyais plus sérieux. Vous allez trop loin cette fois-ci. Il est six heures! La belle affaire!
J'étais vraiment hors de moi. La mauvaise foi de Holmes me fit perdre mon sang-froid. Mon visage devait trahir que je ne goûtais pas sa plaisanterie, car Holmes en sembla contrit. Il ouvrit les yeux tout grands et se frappa le front d'un air très embarrassé. Je crus alors qu'il était sur le point de cesser ses gamineries et que nous pourrions nous intéresser à des sujets plus constructifs.
- Je vous dois mes plus plates excuses, mon cher Watson. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop.
- Vous m'en voyez soulagé et j'accepte volontiers vos excuses. J'ai vraiment cru un instant que vous soutiendriez vous absurdes affirmations.
- Vous vous êtes mépris sur l'objet de mes excuses, Watson. Ces « absurdes affirmations, » comme vous les appelées si discourtoisement, sont véridiques. Mon repentir provient de mon étourderie quant à un second indice, que je qualifierais de capital.
- Quel est ce capital indice? Je vous préviens, Holmes, il vaut mieux pour vous qu'il soit bon.
- Ce matin, au moment de votre promenade quotidienne, cette lettre m'est parvenue.
Il me la tendit--reproduite ci-dessous--et je la lus à mon tour:
« Monsieur Holmes,
j'ai un urgent besoin de votre aide. Ma femme--Hélenna, né Russel--et moi vivons un drame horrible. Malgré mes 40 ans et mes 230 livres, j'accourrai chez vous, à six heures précises, dans un attelage bruyant.
John Smith. »
Devant ma mine déconfite, Holmes éclata de son rire sonore, et un peu faux, qui étonnait toujours chez cet homme d'ordinaire assez froid. Je ne tardai pas à l'imiter, et nous rîmes jusqu'à ce que des crampes nous obligent à nous arrêter. Un détail attira cependant mon attention.
- Holmes. J'ai beau lire et relire cette lettre, je ne vois pas le moindre indice d'où vous déduisez son emploi et la querelle avec ses employeurs.
- Tournez la feuille dans l'autre sens, me dit Holmes.
Je m'exécutai immédiatement, sans résultats. Je n'y comprenais rien.
- Je voulais attirer votre attention sur le verso de la feuille, Watson, le verso.
Je m'empressai de suivre ses indications, me confondant en excuses, et lus, de la même écriture commerciale, ce que j'ai reproduit ici:
« Note de service, 1er juin
Messieurs les directeurs, suite à notre désaccord d'hier, je me vois dans l'obligation de vous donner ma démission.
John Smith. »
Dans le coin supérieur gauche, on pouvait voir le logo de la compagnie, formé d'un plan de café sur une carte géographique du sud des Amériques avec, au-dessous, l'inscription: « Duran et Duran, importateur de café. » Tout devint clair pour moi et je dis en souriant:
- C'était, en effet, on ne peut plus élémentaire.
- Tous s'exclament « enfantin! » sitôt terminé l'exposition de la cha- îne d'indices et de déductions que j'ai parcourues.
- Oui, mais, dans ce cas...
- Je l'admets, Watson, je plaisantais.
Après une brève pause, il me fit remarquer:
- Je crois bien, Watson, que nous avons suffisamment fait patienter notre visiteur. Nous devrions peut-être le faire entrer.
- Je l'avais complètement oublié, celui-là, avouai-je.
Holmes tira sur le cordon de la sonnette, placé près de son fauteuil, et Mme Hudson apparut.
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