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Caroline (French)

by Christian-Eric Falardeau

211 pages; quality trade paperback (softcover); catalogue #02-0702; ISBN 1-55369-889-4; US$20.00, C$23.95, EUR16.50, £11.50

Caroline est à un point tournant de sa vie. Profondément blessée dans sa jeunesse, elle se doit de découvrir ce qui ne fonctionne pas dans sa vie : elle-même. Entourée de prétendants, elle passe d'un échec à l'autre. Le sort s'acharne-t-il sur elle, ou le fait-elle exprès?


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À propos du livre

Caroline est à un point tournant de sa vie. Profondément blessée dans sa jeunesse, elle se doit de découvrir ce qui ne fonctionne pas dans sa vie : elle-même. Entourée de prétendants, elle passe d'un échec à l'autre. Le sort s'acharne-t-il sur elle, ou le fait-elle exprès?

Apr&eagreve;s une rencontre inespérée, mais qui ne peut déboucher immédiatement, Caroline hésite entre attendre son Prince Charmant et accepter de faire sa vie avec un autre de son choix. Le temps avance et les événements et les dilemmes s'accumulent.

Pendant ce temps, ceux qui l'entourent se posent également des questions : Tracy se demande comment reconnaître l'âme sur, Pauline émet des doutes sur son mariage et Marie-Josée espère toujours que Michel finisse par l'aimer vraiment.


À propos de l'auteur

Christian-Eric Falardeau est né sur une petite ferme près du village de Beaudry (maintenant fusionné avec Rouyn-Noranda) en Abitibi-Téminscamingue. Il a été élevé parmi les vaches et certaines de celles-ci lui ont peut-être inspirés plusieurs de ses personnages. Il a également deux frères et trois soeurs.

En 1990, il a obtenu un diplôme en informatique de l'Université de Sherbrooke et s'est élancé dans une carrière de programmeur analyste et, plus tard, est devenu un gestionnaire de projets. Il a quitté ce milieu en mars 2002.

Il écrivit son premier roman en 1993 (Saint-Jolivet de Pendleton), qui fut rapidement suivi d'un second (Paul III de Montréal), avant de devoir ralentir le pas afin d'adhérer aux demandes d'une carrière exigeante. Écrivant par ci, par là, au cours des années suivantes, il revint plus sérieusement à la littérature en 2001 avec la fin de son troisième roman (Caroline) et de diverses nouvelles.

Maintenant romancier à temps plein, plusieurs romans et nouvelles verront le jour dans les mois et les années qui viennent.

See also:
The Alas League (English)
Caroline (English)
Le faux écrivain (French)
Paul III de Montréal (French)
Paul III of Montréal (English)
Saint-Jolivet de Pendleton (French)
Saint-Jolivet of Pendleton (English)
La Ligue des Helas (French)
La simplicité de la vie (French)
The Simplicity of Life (English)
The Universe and Other Stories (English)


Extrait

Chapitre I


    Le réveil sonnait certainement depuis deux bonnes minutes lorsqu'une main hésitante tâtonna jusqu'à lui. Deux petits yeux s'ouvrirent difficilement et se refermèrent aussitôt. Une tête blondinette se recala confortablement sur son oreiller, laissant la réalité faire lentement son chemin. Finalement, Caroline se dressa dans son lit en se demandant, presque paniquée, quelle heure il pouvait bien être. Il n'était que huit heures, heureusement.
    Soupirant, elle essaya de se lever une première fois mais n'y parvint pas. Elle savait ce qui l'attendait dès qu'elle serait prête. Son petit kiosque, le sceau d'approbation des dépôts, tous ces gens qui venaient et qui venaient sans interruption. Dans moins d'une heure et demie, la petite Caroline se transformerait en caissière.
    Mais, on était vendredi. La fin de semaine approchait à grands pas et, plus particulièrement, une soirée passée à danser. À cette pensée, Caroline se ragaillardit suffisamment pour se lever définitivement. Se dirigeant vers la douche, elle essayait, tant bien que mal, d'oublier que la sublime sortie devrait attendre la fin d'une pénible journée à la Caisse Populaire.
    La veille, bien qu'étant jeudi, elle était sortie avec sa soeur Émilie. Cette dernière étudiait à Québec et était de passage pour deux jours. L'un d'eux avait été consacré à elle. Cela lui avait fait du bien. Sa jeune soeur--d'un an sa cadette--dont elle avait été proche, mais qui, maintenant, l'avait abandonnée--comme tant d'autres--pour s'élancer dans la grande ville.
    Émilie s'inquiétait beaucoup pour sa grande soeur à la voir toujours seule ou tomber sur des imbéciles. Depuis plusieurs semaines, elle avait suivi de loin la progression de son aventure avec Jean-Charles. Ce dernier s'était montré charmant les premières semaines et, bien qu'entreprenant, il respectait le voeu de Caroline de prendre son temps. Mais cette dernière lui avait finalement avoué qu'elle avait dépisté que le beau Jean-Charles était marié !
    Pour une fois ce n'était pas elle, Émilie, qui avait dû apprendre la nouvelle à sa soeur. Deux fois déjà, elle avait découvert le pot aux roses et prévenu Caroline. Était-elle vraiment malchanceuse ou prenait-elle cette voie, car elle désirait, quelque part au fond d'elle-même, rester seule ? Émilie n'en savait rien et elle se désespérait pour son aînée.
    Caroline finit par sortir de la douche et décida de s'habiller avant de déjeuner. Elle passa sa garde-robe en revue. Bien qu'il y avait quelques beaux morceaux, le choix demeurait parcimonieux. Elle n'était pas bien riche et, n'ayant que vingt-quatre ans, elle n'avait pas l'avantage de l'accumulation des années. Elle sortit un petit ensemble, puis un second. Mais elle les replaça bien vite.
    Le petit manège dura quelques minutes, se reproduisant presque identiquement à chaque reprise. Si elle ne parvenait pas à faire un choix, c'était en grande partie parce qu'elle n'avait pas vraiment l'esprit concentré sur la tâche. Elle pensait qu'à chaque étape complétée, elle se rapprochait dangereusement du travail. Cette image la culpabilisait et elle se sermonnait. Elle choisit un chandail qui allait bien avec ses pantalons noirs... et le remit à sa place.
    Finalement, Caroline, habillée, fit irruption dans la cuisine. Pour le déjeuner, c'était facile. Elle mangeait toujours la même chose. Enfin, chez elle. Au restaurant elle avait plus d'imagination, mais lorsqu'il s'agissait de se faire à manger, la loi du moindre effort prenait beaucoup d'importance. Sortant le lait, elle s'empara de la boîte de Corn Flakes et du sucrier et s'installa pour grignoter ses céréales.
    Elle mangeait lentement. Prise entre le désir d'éviter que les flocons ramollissent trop et celui de prendre son temps, elle parvint néanmoins à terminer dans un délai raisonnable. Il ne restait maintenant plus beaucoup d'étapes adéquates à une bonne procrastination. Mais la chance fut de son côté et sa colocataire, Tracy, décida de se lever tôt.
     - Salut la belle, s'écria Caroline.
     - Salut, répondit Tracy, avec un léger accent anglophone--plus coquet qu'agaçant--et d'une voix encore ensommeillée.
     - As-tu bien dormi ?
     - Pas trop pire. Je m'étais couchée de bonne heure. T'étais même pas rentrée.
     - J'étais avec Émilie. On avait pas mal d'affaires à se dire. Quand je suis arrivée, j'ai pensé que t'étais avec Patrick.
     - Non, ça me tentait pas hier soir. En fait, je me demande si ça serait pas le temps de finir ça, cette affaire-là.
     - Comment ça ?
     - Je sais pas. Y me semble que quand je pense à lui maintenant, j'ai à la fois le goût d'être avec pis de pas l'être. Je commence à me demander si c'est pas juste par habitude. a fait trois mois qu'on sort ensemble, mais j'ai l'impression qu'on est encore des étrangers.
     - Je t'avais dit que tout ce qu'il voulait c'était coucher avec toi.
     - C'est pas vrai. C'est sûr que c'est une grosse motivation, mais c'est pas juste ça. Pis tant qu'à ça, j'ai pas de leçons à donner à personne là-dessus. C'est pas mal ça qui m'intéressait avec lui au début. C'est comme si tous les deux on s'était dit que comme on était attirés de même l'un par l'autre, ça serait vraiment facile de tomber en amour aussi. Mais on dirait qu'on vit sur deux planètes.
     - Ouais. Y est ben beau, mais ça s'arrête là.
     - Pas mal ça. C'est rendu que quand il faut que je le vois, il faut que je prépare de quoi parler. Sinon on trouve rien. Je me dis que ça doit pas être normal normal pour un couple qui doit passer le reste de sa vie ensemble.
     - Non, ça doit pas, finit par dire Caroline, songeuse.
    Les deux amies se turent quelques instants avant que Tracy ne reprenne la parole.
     - Ouais. Toute une conversation en se levant le matin.
     - Ouais. T'as ben raison. On continuera ça plus tard. Mais qu'est-ce que tu fais debout à cette heure-là ?
     - Rien de spécial. J'avais juste le goût de paresser un peu ou ben de faire du ménage. Parlant d'heure, tu vas être en retard si tu te grouilles pas un peu.
     - Maudite marde, t'as ben raison.
    Sur ce, Caroline compléta ses préparatifs et s'élança sur le sentier de la nouvelle journée.

* * *

    François s'activait depuis plusieurs minutes dans le coffre de bois renfermant toutes les partitions qu'il gardait en réserve. Il était à la recherche d'une vieille chanson de Supertramp, Lord, is it mine ? qu'il comptait bientôt jouer lors d'un voyage hors de leur cercle habituel.
    Il devrait, bien entendu, convaincre son partenaire Claude Jutras, le pianiste et cofondateur du duo Tout-Talent Tour, qui n'aimait pas beaucoup ce type de chansons. François était confiant de pouvoir l'amener à partager son point de vue. Après tout, ils travaillaient ensemble depuis près de quatorze ans !
    Au début, ils avaient assemblé un groupe de quatre musiciens, tous du même âge et natifs de leur petit village, mais rapidement les deux autres membres, moins doués, quittèrent et rejoignirent le rang des travailleurs réguliers. Tout d'abord un peu déçus, Claude et François persévérèrent et le perfectionnement continuel des synthétiseurs et des batteries électroniques leur permit de voler de leurs propres ailes.
    Ils travaillaient beaucoup dans la région et étaient lentement devenus l'attraction principale d'une demi-douzaine de clubs dans un rayon de moins de cent kilomètres. Ils donnaient également occasionnellement des représentations à Québec et dans d'autres villes plus éloignées. La route était alors longue mais, au moins, ils jouaient plusieurs soirs de suite au même endroit.
    François cherchait énergiquement, remuant les feuilles pleines de petites notes noires et d'annotations de sa main, mettant de côté les rubans magnétiques contenant les échantillons pour les synthétiseurs. Il pesta contre son manque d'ordre et regretta, comme d'habitude, de ne pas avoir persévéré dans sa dernière tentative de classement.
    Jeannine, sa femme, entra dans son atelier aménagé à même leur ancien garage double. François s'arrêta net et la regarda avancer. Il n'aimait pas être dérangé lorsqu'il travaillait et Jeannine, après de nombreuses disputes, avait fini par comprendre et le laisser tranquille. Il devait donc s'agir de quelque chose d'important.
     - François ! Excuse-moi de te déranger, mais t'es demandé au téléphone.
     - C'est qui ?
     - Je sais pas. Elle a pas voulu me dire son nom. Elle semblait sur le point de brailler.
     - Ah ! Bon ! D'accord j'arrive, dit-il pensif. Jeanny, peux-tu me rendre un service ?
     - Bien sûr trésor. Qu'est-ce que tu veux que je lui dise ?
     - Rien, rien. J'y vais. Seulement je cherche Lord, is it mine ? depuis une demi-heure. Pourrais-tu continuer à ma place ? Peut-être que t'auras la main plus heureuse.
     - D'accord, accepta-t-elle un peu surprise. Je t'ai déjà offert de tout classer ça pour toi François. a serait ben plus simple.
     - Ben oui, ben oui, on en reparlera.
    François ne s'attarda pas plus longtemps. En chemin, il croisa son aîné Sébastien, un grand garçon de huit ans. Il s'amenait avec son gant de baseball et François se souvint qu'il lui avait promis du temps avant de partir. Mais ce n'était pas le bon moment et il l'envoya rejoindre sa mère dans l'atelier, à son grand étonnement, l'endroit étant habituellement hors limite pour lui et son jeune frère.
    Arrivant en grande trombe, il saisit l'appareil.
     - Oui, allô ?
     - Allô François ! a fait du bien d'entendre ta voix.
     - Véronique ! s'écria-t-il tout en essayant de chuchoter, en proie à un début de panique. Es-tu devenue folle ? Je t'ai déjà dit de jamais appeler ici. La dernière chose dont on a besoin, c'est d'une crise en règle.
     - Oui, mais je m'ennuie de toi. Tellement que ça fait mal. J'ai besoin de toi. J'ai besoin de savoir quand on va pouvoir être ensemble. Pas seulement une journée ou deux, mais pour toujours. C'est tout ce que je demande. Je veux pas que tu brusques les choses, je te demande seulement de me redonner un peu d'espoir et de confiance.
     - Mais oui Véro chérie. Je comprends parfaitement ben dans quelle situation tu te trouves. Comment tu penses que je me sens ? C'est très difficile pour moi aussi. Il faut que je pense aux enfants.
     - Je sais bien. Excuse-moi. Je sais plus où j'en suis. Je suis tellement malheureuse. François, si tu savais... sanglota-t-elle.
    Elle se mit à pleurer à chaudes larmes. On pouvait sentir qu'elle les avait retenues le plus longtemps qu'elle avait pu, mais il fallait que ça sorte. François écouta le tout, pris entre deux sentiments. Il avait le coeur gros d'entendre sa maîtresse aussi troublée. Cependant, il désespérait de voir cette conversation se terminer. Et si Jeannine écoutait à l'aide du téléphone de la chambre ? Mais non, il l'aurait vue entrer. D'ailleurs, ce n'était pas dans ses habitudes.
     - Véro... Véro... Arrête de pleurer, je t'en supplie.
     - Je t'aime, dit-elle simplement, pleurant de plus belle.
    François éloigna le combiné quelques instants. Il devait trouver quelque chose à dire et rapidement. Il fallait surtout choisir les mots justes afin que cette scène ne se reproduise plus jamais.
     - Écoute-moi bien Véro. Je joue à soir. Je t'appellerai de là. En attendant, arrête de pleurer. Tout va s'arranger et peut-être plus vite que tu crois. Appelle plus ici. C'est pas digne de toi. Tu me déçois.
     - Je te demande pardon, lui répondit une toute petite voix saccadée, pleine de chagrin. Je vais attendre ton appel. Je t'aime et je te donne un gros baiser.
     - Moi aussi, salut.
    Une fois l'appareil raccroché, François prit quelques secondes pour reprendre ses esprits. Il l'avait échappé belle. Pauvre Véronique. Si gentille et si affectueuse. Quel dommage de ne pas être deux hommes ! Mais il fallait qu'elle comprenne qu'il n'était pas disponible pour le moment. Peut-être un jour... D'ici là, elle n'avait qu'à attendre et à espérer. Il l'avait même encouragée à se faire un ami en attendant. Même s'il l'aimait, il comprendrait. Ce n'était pas de sa faute à lui si elle s'accrochait.
    Il se dirigea vers son atelier, s'étonnant de ne pas avoir encore vu sa femme. Il la trouva assise par terre, une pile de partitions à gauche, une autre à droite, son fils lui grimpant sur les épaules.
     - Laisse tomber Jeanny, je crois qu'elle est déjà dans la van.
     - C'est pas trop tôt.
     - Je m'excuse. J'avais oublié.
     - Y a pas de problème. J'avais justement rien que ça à faire. À part le dîner, le lavage, les vidanges... C'était qui ?
     - Oh ! Rien d'important. Une fille que Claude a rencontrée lors de notre dernière tournée à Québec. Il lui avait pas laissé son numéro pis elle essaye de le rejoindre. Comme le mien est publié, elle s'est pensée intelligente en me le demandant.
     - Tu lui as donné ?
     - Il a ben fallu. Je serais encore au téléphone sinon. Elle avait l'air hystérique. Si je lui avais pas donné, elle aurait rappelé.
     - Pauvre fille...
     - Pas tant que ça. C'est une groupie. Elles ont l'habitude de ce genre de situation.
    Jeannine s'approcha lentement de son mari. Ce dernier s'efforça de ne pas tressaillir. Il devinait quelle question suivrait.
     - Et toi, François, t'en rencontres souvent des groupies ?
[...]


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