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La simplicité de la vie
by Christian-Eric Falardeau
243 pages; quality trade paperback (softcover); catalogue #02-0978; ISBN 1-55395-264-2; US$22.00, C$25.95, EUR18.00, £12.50
La simplicité de la vie est un roman en quatre parties explorant la franchise, ses consèquences et ses avantages.
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À propos du livre
LA SIMPLICITÉ DE LA VIE est un roman en quatre parties explorant la franchise, ses conséquences et ses avantages. Les trois premières parties se déroulent dans un monde imaginaire, mais partageant beaucoup de traits avec la vie agraire de l'époque préindustrielle. La dernière partie est contemporaine.
UN SIMPLE VILLAGE présente une société où tous furent éduqués à toujours dire ce qu'ils pensent franchement et à rapidement désarmer tout conflit.
UN VER DANS LA POMME montre une personne prenant lentement avantage de la situation, vingt ans plus tard, et amorçant une lente contagion de la population en commençant tout d'abord par ses proches.
LE MIROIR reprend sensiblement le même scénario que Un simple village mais, cette fois, trente ans après Un ver dans la pomme, et explore les conséquences du changement social maintenant bien en place.
LE SEUL AMI DE L'HOMME illustre quelques épisodes de la vie contemporaine du « dernier de son espèce » avec ses voisins, ses amis, ses collègues de travail et son chien--la seule présence réellement franche dans sa vie.
À propos de l'auteur
Christian-Eric Falardeau est né sur une petite ferme près du village de Beaudry (maintenant fusionné avec Rouyn-Noranda) en Abitibi-Téminscamingue. Il a été élevé parmi les vaches et certaines de celles-ci lui ont peut-être inspirés plusieurs de ses personnages. Il a également deux frères et trois soeurs.
En 1990, il a obtenu un diplôme en informatique de l'Université de Sherbrooke et s'est élancé dans une carrière de programmeur analyste et, plus tard, est devenu un gestionnaire de projets. Il a quitté ce milieu en mars 2002.
Il écrivit son premier roman en 1993 (Saint-Jolivet de Pendleton), qui fut rapidement suivi d'un second (Paul III de Montréal), avant de devoir ralentir le pas afin d'adhérer aux demandes d'une carrière exigeante. Écrivant par ci, par là, au cours des années suivantes, il revint plus sérieusement à la littérature en 2001 avec la fin de son troisième roman (Caroline) et de diverses nouvelles.
Maintenant romancier à temps plein, plusieurs romans et nouvelles verront le jour dans les mois et les années qui viennent.
See also:
The Alas League (English)
Caroline (English)
Caroline (French)
Le faux écrivain (French)
La Ligue des Helas (French)
Paul III de Montréal (French)
Paul III of Montréal (English)
Saint-Jolivet de Pendleton (French)
Saint-Jolivet of Pendleton (English)
The Simplicity of Life (English)
The Universe and Other Stories (English)
Extrait
1
« Lorsque que je plante ma bêche, non seulement ça me fait plaisir, mais je pense qu'à chaque coup, qu'à chaque effort, une bouche va être nourrie. Et lorsque j'ai compté tout le village, ce sont des nouveau-nés que je fais apparaître. »
- Grégoire
Grégoire était aux champs, comme tous les jours de l'été. Si les grandes moissons n'étaient pas encore commencées, plusieurs cultures mineures requéraient un entretien constant et certaines étaient même prêtes à être recueillies, un peu chaque jour. Il utilisait une bêche vieille comme le monde pour les travaux de précision. Il aimait ce contact direct avec la terre et ses fruits, lien quasi sensuel avec son alliée nourricière.
Il avait inspecté ses récoltes céréaliennes aidant à nourrir tout le village et, quelquefois même, lors des bonnes saisons, les communautés voisines éprouvant des difficultés. Il était inquiet. Tout comme l'an dernier, les belles plantes décorant ses champs n'atteignaient pas encore la hauteur requise à cette période de la saison.
Le village avait quelques réserves, mais si le phénomène se reproduisait encore une autre année, ils devraient peut-être employer des moyens draconiens. Suivant son devoir, il ferait part de ses craintes lors de la prochaine réunion du conseil. Ce dernier, après délibération et une décision de son chef, veillerait à trouver la bonne marche à suivre.
Ses pensées s'éloignèrent de ce sujet alors qu'il poursuivait son inlassable travail de déterrement des premiers légumes de son jardin, de bons gros radis ronds. Ceux destinés principalement pour son usage personnel tant sa petite famille les aimait. S'il en donnait et en échangeait aussi beaucoup avec certains voisins partageant la même inclinaison, il n'en cultivait pas suffisamment pour tous.
Déterrant un spécimen particulièrement attrayant, il se réjouit à l'avance de la joie qu'en éprouverait sa femme. Son humeur s'assombrit quelques instants. Il ne savait pas si c'était son imagination ou si, inconsciemment, il avait décelé des signes presque invisibles--sauf pour les yeux d'un compagnon de vie de plus de deux décennies--mais une question lui était soudainement venue; sa femme était-elle toujours heureuse avec lui?
Deux fois déjà, cette idée avait fait irruption dans son esprit et cette nouvelle occurrence le tira tout à fait de sa torpeur. Si aux premiers signes il n'avait pas réagi, il ne pouvait maintenant plus ignorer le message. Il espérait se tromper et qu'il s'agissait simplement d'un problème avec lui-même.
Avait-il développé des habitudes pesant à sa femme? Peut-être ne lui montrait-il plus assez souvent son affection? Il se promit de lui en parler dès ce soir et d'être rassuré ou de savoir ce qu'il devait changer--ou améliorer--afin qu'ils puissent tous deux retrouver leur joie d'antan. Ils avaient été de véritables complices toute leur vie, mais les gens changent et évoluent et, quelquefois, dans des directions moins compatibles, voire carrément antagonistes.
Comme il ne pouvait rien y changer--et qu'il saurait tout avant la nuit--Grégoire se remit à sourire et, après avoir dégagé quelques plans supplémentaires, il planta sa bêche et s'en servit comme appui. Une petite pause, arrosée d'un peu d'eau qu'il tira d'une bouteille ne quittant jamais ses côtés, ne lui ferait que du bien.
Il aperçut son voisin Gaston venant au loin. Il se dirigeait certainement vers le village et avait décidé de piquer à travers champs plutôt que de suivre la route. Il ne sauvait pas vraiment en temps ou en distance mais, tout comme Grégoire, il préférait le paysage des récoltes montantes à celui du chemin stérile, bien que pratique pour les chars et les chevaux.
- Ohé, fermier Gaston. On passe sur mes terres!
- Je voulais te demander la permission, mais ma voix ne porte pas si loin!
- Il faudrait peut-être que je fasse mon jardin plus prêt de chez toi, ricana Grégoire.
- Oui, ça ferait bien mon affaire. Je n'aurais plus à marcher autant pour te parler.
- C'est moi que tu viens voir? Je croyais que tu te rendais au village.
- Aussi, mais il me semblait que nous n'avions pas eu l'occasion de discuter depuis un bon bout de temps. Alors je me suis dit : passe par ses terres, s'il est là tant mieux, sinon, tant pis! De toute façon, tu sais que je suis responsable de faire la tournée des cultures et de dresser un bilan complet pour la prochaine réunion du conseil. Alors ce sera deux pierres d'un coup.
- Tu as bien fait, mon cher confrère. Qu'est-ce que tu penses de ça? Mes plans sont encore moins hauts que l'an dernier.
- Ne m'en parle pas! Mes bufs sont maigres comme tout. J'ai bien peur que ça ne s'améliore pas d'ici la fin de l'année.
- Deux ans de suite. Même si ce n'est pas encore la panique, j'ai l'impression que nous devrons demander aux gens d'éviter de faire des enfants pour un ou deux ans.
- Moi aussi, j'en ai bien peur. Ce serait dommage. Il y a eu beaucoup de mariages ce printemps. Déjà que nous les avons priés de faire attention jusqu'à ce que nous sachions si les récoltes seront bonnes ou non. Le début de ma ronde n'est pas très encourageant.
- Je connais ça. J'ai marié Agnès pendant la grande sécheresse et nous avons dû attendre cinq ans avant d'avoir notre premier rejeton.
- Je m'en rappelle. Moi, j'ai eu de la chance. J'ai eu ma fille dès la première année. En passant, je pense qu'elle trouve ton Michel pas mal de son goût. Bien qu'elle soit encore un peu jeune, on ne sait jamais.
- On ne sait jamais. Michel ne semble pas pressé. Il doit bien regarder les petites filles, mais je pense que son jeune frère est encore plus passionné!
- Peut-être est-il plus intéressé par les garçons?
- a se peut. Je ne lui en ai jamais parlé mais, maintenant que tu m'en parles, il serait peut-être temps que j'aie une nouvelle conversation avec lui. La dernière remonte à deux ans passés. Il sait peut-être plus où il en est maintenant.
- Tu devrais. C'est important de garder la communication ouverte. Quelques fois les jeunes ont des pensées qu'ils ne comprennent pas et ils hésitent à s'ouvrir.
- C'est bien vrai. Toutefois, présentement, c'est ma femme qui m'inquiète.
- Ah! Bon! Quelque chose de sérieux?
- Je ne sais pas encore. Je viens seulement de le réaliser. C'est un peu comme si elle était moins heureuse. De toute façon, je vais lui en parler ce soir. Je verrai demain pour Michel.
- Oui, parle-lui dès que possible. Il ne faut pas laisser ces choses-là traîner. Ma femme et moi, nous avons éprouvé des difficultés il y a quelques années. 'aurait pu dégénérer. Nous avions attendu trop longtemps avant de dialoguer. Heureusement, tout s'est replacé, mais nous avons tout de même dû faire chambre à part pendant trois mois.
- Oui, je me souviens. C'était bien triste. Quelque fois, il n'y a rien de mieux qu'un peu de recul.
- Mon avis exactement. Changement de sujet. Je suis allé voir ma tante Béatrice la semaine dernière...
- Celle qui vit maintenant à Viateur?
- Exactement. a ne va pas très bien chez eux. La sécheresse est encore pire qu'ici. Je pense qu'ils vont avoir besoin d'aide.
- Eh bien. On verra à ce moment-là. Ils devront commencer à penser à l'avenir. Leurs terres ne sont pas très bonnes. Peut-être devraient-ils exploiter d'autres ressources? On verra bien. Bien que nos provisions risquent de ne pas être bien grandes, si nous pouvons aider, nous nous serrerons la ceinture un peu plus, tout simplement.
- Je suis d'accord avec toi. Il faudrait qu'ils pensent à quelque chose ou déménager leur village. Le conseil régional devrait se réunir le mois prochain. a pourrait être le bon moment d'aborder le sujet.
- Oui. Il faudrait le mentionner à Charles avant qu'il s'y rende.
- Parlant de Charles. Qu'est-ce que tu penses de son erreur avec la salle municipale? Est-ce que tu crois qu'on devrait lui parler et commencer à se chercher un nouveau chef?
- Pour en parler, nous n'aurons pas le choix, car il se sent coupable et proposera certainement une discussion là-dessus très bientôt. De là à le remplacer... je ne suis pas convaincu, conclut Grégoire après quelques secondes de réflexion.
- Nous en débattrons davantage dans la réunion. J'abordais seulement le sujet car ton nom est souvent mentionné pour le remplacer.
- J'espère bien que non. C'est beaucoup de travail et de responsabilités.
- Oui, je comprends. C'est toujours un peu ennuyant d'avoir ses champs et sa ferme délégués à d'autres lorsque le temps manque. Néanmoins, pour le bien de la communauté...
- Il sera toujours temps d'y voir. Je ne suis pas pressé.
- Comme tu dis, on verra bien. Sur ce, je te laisse. J'ai encore plusieurs courses à faire.
- Si tu croises Albert, rappelle-lui que je l'attends ce soir.
- Albert? Est-ce que tu as des ennuis et besoin de la caisse commune?
- Non, non. Rien de dramatique. Simplement une idée que j'ai eue. Je t'en reparlerai un peu plus tard.
- Je lui ferai le message. Salut!
- Salut!
Et Grégoire retourna à sa bêche. Il en avait encore pour quelques heures. Toutes ses affaires étant bien organisées dans sa tête, il se remit au travail en ne pensant plus à rien d'autres qu'au plaisir d'oeuvrer dans ses champs.
2
« J'aime mon mari, nous avons tout bâti ensemble. J'ai deux beaux enfants. Toutefois, il y a des jours où je sens le feu dans mes veines. »
- Agnès
Agnès sortit de la grange par la porte menant directement à la maison. Elle essayait de maintenir une posture droite et digne, mais elle n'y parvint que pour quelques pas. La main sur son ventre, elle vacilla et dut prendre appui sur la roue d'une vieille charrette abandonnée près de l'étable. Tous ses sens étaient à vif. Il y avait des années qu'elle ne s'était pas sentie aussi excitée. Soutenue par le wagon, elle commença à reprendre le contrôle de ses sens.
Elle espérait que Philippe avait quitté les lieux, tel que promis, et qu'il ne la poursuivrait pas alors qu'elle était aussi vulnérable. Une partie d'elle-même voulait exactement le contraire. Néanmoins, Philippe était un gentleman et jamais il ne profiterait de son état. Une nouvelle bouffée de désir lui fit légèrement fléchir les genoux. Elle prit une grande inspiration et la laissa sortir très lentement, comme si elle redescendait sur terre à la manière d'une feuille d'automne.
C'était maintenant passé. Agnès respirait librement et ses pensées redevinrent claires et renouèrent avec la réalité. Il y avait déjà un certain temps qu'elle avait crû lire plus que de l'amitié dans les yeux de Philippe et elle n'y était pas insensible. Elle avait cependant assumé qu'il ne s'agissait que d'un petit interlude coquet et sans conséquence.
Ce matin-là, il était venu la rejoindre dans la grange, cherchant Grégoire. Ils avaient échangé quelques paroles banales, plus révélatrices qu'une sérénade au balcon. Leur malaise commun avait progressivement pris feu et ils s'étaient jeté dans les bras l'un de l'autre, s'embrassant passionnément. Embrasés, ils avaient cherché le corps de l'autre, complètement détachés du monde. Philippe recouvrit toutefois ses esprits le premier et brisa leur étreinte.
Agnès, tout d'abord confuse, se maîtrisa également et, front contre front, ils restèrent silencieux plusieurs minutes, goûtant ce moment qui ne se renouvellerait peut-être jamais. Philippe parla le premier. Il lui dit qu'il était très attiré par elle. Il avait tout d'abord pensé qu'il ne s'agissait que d'une petite flamme, mais il se rendait bien compte que c'était beaucoup plus fort que cela. Il était désolé que sa passion naissante ait éclaté de cette façon, sans préavis.
Agnès lui avoua qu'elle venait de vivre la même chose. Cependant, elle était mariée et il ne serait pas juste pour Grégoire d'aller plus loin sans d'abord lui en parler. Philippe était bien d'accord. Il était un ami et il se sentirait mieux si la situation était claire pour tous. Elle lui dit qu'elle devait réfléchir. Après tout, même s'ils savaient maintenant qu'une forte attirance existait entre eux, était-ce suffisant? Il était d'accord. Il fallait laisser le temps faire son uvre, confirmant ou infirmant la validité de leurs sentiments. Après un autre baiser, celui-là plus contrôlé, ils se séparèrent pour de bon et partirent chacun de leur côté.
Agnès, confuse, triste, heureuse et décidée, reprit son chemin vers la petite maisonnette qu'elle habitait avec Grégoire depuis un peu plus de vingt ans. Elle ne savait pas encore exactement la façon dont elle aborderait le sujet et ce qu'elle dirait--étant encore incertaine de ses sentiments--mais elle devait lui parler dès ce soir. Elle trouverait bien les mots et Grégoire l'aiderait certainement. cette pensée, son cur se réchauffa.
Entre elle et son mari, si ce n'était peut-être plus la passion originelle, ils restaient de grands complices et elle l'aimait beaucoup. Là, elle devait décider ce qui était le plus important pour elle. De plus, il y avait les enfants. Il ne fallait pas les oublier. Bien sûr, ils comprendraient, mais il fallait s'assurer qu'advenant une séparation, ils aient l'occasion d'exprimer leurs sentiments et que les arrangements entre elle et son mari les satisfassent autant que possible. Philippe lui revint en mémoire et une nouvelle bouffée de chaleur lui traversa le corps. Ce n'était maintenant plus qu'une douce vague d'anticipation, facilement maîtrisée, lui donnant une nouvelle détermination.
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